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ELECTIONS CANTONALES : les électeurs se rebiffent !

lundi 28 mars 2011

Il est en train de se dérouler, sous nos yeux, une chose très grave dont nous souhaitons ici vous entretenir. Ce fait serait une broutille si la majorité de nos élites était sagace et réellement républicaine, mais nous savons depuis longtemps qu’il n’en est rien et que pour garantir leurs rentes de situation, ils et elles sont prêts à tous les compromis et à toutes les couardises. Qu’ils soient universitaires, politiques, artistes ou hommes d’affaires, ils ont depuis longtemps déserté les rives du débat démocratique pour gagner les rivages incertains du relativisme, oubliant ainsi l’intérêt général pour se concentrer sur des intérêts particuliers. Ce que nous allons vous raconter serait un non évènement si nos représentants étaient honnêtes et s’ils ne passaient pas la plus grande partie de leur temps à garantir, par tous les moyens, leur omniprésence médiatique. Mais ne pas être réélu ou ne pas passer à la télé est insupportable à leur égo au point d’en oublier souvent qu’ils sont nos obligés. La campagne des élections cantonales est sur ce point exemplaire et a atteint des sommets de médiocrité en se rapprochant plutôt du débat de cour de récréation que d’un véritable débat démocratique que nous appelions de nos vœux.

Le FN défenseur de la laïcité

Cet évènement incroyable est que le Front National s’est placé soudainement comme le dernier rempart de la sauvegarde de la laïcité à la française. C’est une catastrophe car nous savons d’expérience que les sujets de société portés par le FN, sont immédiatement mis au placard. Résultat, cela fait trois décennies que les véritables débats sont escamotés. Laurent Fabius a dit, dans les années 80 : « le FN pose les bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses ! » Le meilleur moyen de lutter contre le FN n’est-il pas d’apporter les bonnes réponses ? Mais pour cela, il faut accepter le débat, pas un débat morcelé qui en fait n’en est pas un, mais un débat total.

Le seul débat que les français attendent.

Le seul débat qui intéresse les français est celui qui porte sur le modèle républicain dans sa globalité. Tout le monde a compris qu’il est remis en cause de toutes parts, à l’intérieur et à l’extérieur de la République. Ce modèle, qui durant 200 ans avait fait du peuple français l’un des plus heureux de la planète doit-il être changé ? Devons-nous l’aménager ? Si oui, sur quelles bases ? Ou au contraire, devons-nous le défendre bec et ongle sur le principe de son universalité ? Le génie de ce système était fondé sur le fait que l’Etat ne reconnaissait que les individus et pas les communautés. Devons-nous revenir sur ce principe au nom de la mondialisation, de la construction européenne ou de la progression du CAC 40. Ce que les français attendent c’est que les camps opposés, qui s’affrontent moins sur les objectifs que sur les stratégies politiques mettent un terme à la guerre idéologique et finissent par s’accorder sur un socle commun. Il importe donc de traiter ces questions en termes d’institutions sociales et politiques et de se demander concrètement comment faire pour concilier institutionnellement des aspirations qui peuvent se révéler contradictoires [1] .

Voilà les questions que se posent les français et pour lesquelles ils aimeraient être consultés. Le bulletin de vote, déposé dans l’urne, n’est pas un blanc-seing donné aux politiques pour disposer de ce qui ne leur appartient pas. Nous sommes encore un peuple souverain et c’est collectivement que nous devons nous interroger sur notre devenir. Les conséquences de l’autisme de nos élites, commencent d’ailleurs à se faire sentir. Lors d’un discours prononcé dans la nuit du 5 au 6 mai 1992, devant l’Assemblée Nationale, Philippe SEGUIN nous avait prévenu : « Craignons alors que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d’être étouffés, ne s’exacerbent jusqu’à muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe une fois encore au bord de graves difficultés. Car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est à dire son droit imprescriptible de choisir son destin ». Et de conclure avec une mise en garde : « On ne joue pas impunément avec les peuples et leur histoire ». La montée des nationalismes en Europe et du Front National en France, vient malheureusement lui donner raison.

Nous avons le droit de ne pas être d’accord mais nous avons le devoir d’en débattre.

Le désastre, dans cette affaire est que pendant que nous débattons de l’opportunité de débattre, nous voyons notre modèle républicain partir en morceaux, avec la complicité de ceux que nous avons désignés pour le défendre. Vous avouerez que c’est un comble !

Bien sûr, vous vous dites que nous exagérons, que la situation n’est pas aussi caricaturale, que nos représentants, nos penseurs, nos intellectuels ont fait des études, qu’ils ont des diplômes… Ils savent ce qu’ils font et mesurent consciemment les conséquences de leurs décisions. Et puis, ils sont entourés d’experts qui eux aussi ont fait de grandes études. Ça devrait nous rassurer. Eh bien ça ne nous rassure pas. Allez ! Sincèrement, à quelques exceptions près, vous les trouvez crédibles ? Regardez bien les débats télévisés. Êtes-vous, une fois sortis de l’un de ces débats en vous sentant plus intelligent, plus grand, plus en compréhension du monde qui vous entoure ? C’est rare parce que le fond de leur diatribe est essentiellement composé de vent. Pas celui qui nous enivre au bord de l’océan ou au sommet d’une montagne, mais celui que l’on produit après un bon plat de haricots.

Voilà pourquoi les français ont fait du parti de l’abstention le premier parti de France. Par désespoir ! Être élu par 35 % des votants, ce n’est jamais qu’une élection à 16 % des inscrits. A La Courneuve, dans le 93, le candidat socialiste, Stéphane Troussel a été élu avec 100 % des voix. Il faut préciser qu’il était le seul candidat en lice [2] et que le taux d’abstention a été de 71,36 %. Peut-on qualifier ce résultat de victoire ? Le personnel politique serait bien avisé de pendre la mesure du phénomène ou 2012 pourrait bien se transformer en « bucher des vanités ».

Le Discriminologue

Notes

[1] Dominique Schnapper - qu’est-ce que la citoyenneté - Folio

[2] Les listes PS et communiste avaient fusionnées entre les deux tours.

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