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Homophobie : les lumières du Refuge

lundi 19 octobre 2009

Frédéric Gal est le responsable national de l’Association « Le Refuge ». Il s’agit aujourd’hui de la seule structure en France, conventionnée par l’Etat, à proposer un hébergement temporaire et un accompagnement social, médical et psychologique des jeunes majeurs, filles et garçons, victimes d’homophobie. Une action d’autant plus importante que les jeunes homosexuel(le)s connaissent un taux de suicide 13 fois plus élevé que leurs pairs hétérosexuels.

Entretien :

Frédéric, le sujet de l’homophobie est très médiatisé en ce moment. Les livres récents écrits sur le thème ou encore l’incident survenu à propos du Paris Foot Gay figurent parmi les derniers évènements en date. Selon vous, quels peuvent être les effets positifs et/ou négatifs de cette médiatisation ?

F.G : La médiatisation de cet évènement, notamment celui de l’équipe de Créteil BEBEL d’avoir refusé de jouer contre l’équipe du Paris Foot Gay, est évidemment une preuve de plus de la persistante de l’homophobie, entre autres, dans le sport. Les effets positifs de cette médiatisation sont clairs : il s’agit avant tout de montrer clairement les limites que rencontrent toujours les homosexuels, quant à la reconnaissance de leurs droits, notamment le fondamental droit au respect. Cette médiatisation permet la mise en relief de ce genre de situations, afin de montrer au grand public que, et de loin, l’homophobie n’est pas qu’un fantasme : elle est plus que bien réelle.

On parle beaucoup d’Homophobie dans les banlieues. Mais l’homophobie existe aussi ailleurs. N’y-a-t-il pas un danger à pointer ainsi des responsables sans replacer l’homophobie à l’échelle de la société dans son ensemble ?

F.G : Force est de constater que les facteurs conduisant à l’homophobie sont prédominants dans des microcosmes où la religion occupe une place importante. Entre autres, parmi ces microcosmes, les banlieues en sont une expression très importante. Loin de moi, l’idée de stigmatiser les banlieues comme un vivier d’homophobes, mais dans ces quartiers, l’homosexualité est taboue, non divulguée et est perçue comme une déviance, soi-disant combattue par la religion. Dans sa Délégation de Montpellier, l’Association « le Refuge » a accueilli pour l’année 2009, plus de 30% de maghrébins ayant dû fuir leur famille, refusant leur homosexualité. Plus du tiers des hébergés sont d’origine maghrébine, ayant pour beaucoup vécu dans des quartiers dits sensibles, les autres venant de familles lambda, tous milieux sociaux confondus. Ce n’est pas un danger, c’est une réalité concrète que nous vérifions depuis 6 ans maintenant.

En tant qu’acteur de terrain, quels changements avez-vous perçu ces dernières années dans la société, au sujet du regard porté sur l’homosexualité ?

F.G : Heureusement, l’évolution de la société est allée de paire avec l’évolution des mentalités, sur la perception de l’homosexualité. La perception actuelle n’est pas du tout la même, que celle d’il y a 20 ans, bien heureusement. Cependant, cette perception, a priori « libérée » n’est qu’un voile posé sur la morale d’inspiration judéo-chrétienne. Si la perception générale a changé, suite à la logique libéralisation des mœurs, les poncifs persistent et demeurent encore très présents, le rejet et la peur de l’homosexuel, sont encore actuels (voir les évènements de Paris Foot Gay). Dans une société lisse, où ce qui sort de la norme se doit d’être conspué, l’homosexuel apparait comme un extraterrestre. Il est regardé, quelquefois admiré (au niveau de la mode – les métrosexuels sont une sorte d’inspiration gay pour hétéros), le plus souvent ignoré. Jusqu’au jour où cela touche à titre personnel (un membre de sa famille : fils, fille, neveu, etc) et les attitudes changent les esprits, incapables de concevoir à un seul moment cette éventualité sortant du circuit sociétal normé. S’il n’est pas rejeté, il est distancié, mis à l’écart et, quelquefois rejeté. Heureusement, l’évolution a marqué le pas, mais des relents nauséabonds d’homophobie sont encore présents (les déclarations de Christian VANESTE, un homosexuel brûlé vif en 2004, etc…), prouvant ainsi l’utilité de ne pas oublier qu’elle tue encore et que, par conséquent, il faut la combattre.

Le secteur associatif se mobilise depuis plusieurs années sur la thématique de l’homosexualité et de l’homophobie. Comment les pouvoirs publics soutiennent ces actions ? Quelle est leur part d’initiative ?

F.G : Concernant les pouvoirs publics, leur engagement dans des campagnes de sensibilisation est marqué. Les campagnes d’affichages dans les lieux éducatifs en témoignent largement. Toutefois, un bémol de taille est à apporter finalement, devant l’absence de moyens donnés de manière concrète, à l’action sur le terrain. Ce n’est pas le tout de faire des annonces, de mettre sur pied des plans de santé spécifiques aux jeunes, si les réponses qui sont apportées ne collent pas au final, avec la réalité. Si l’idée est louable, les moyens mis en œuvre sont quasi inexistants, ne serait-ce qu’au niveau du Refuge, où le soutien des pouvoirs publics ne représente que 20 % du budget global. Le reste est exclusivement privé. Cette disproportion est véritablement alarmante quand on pense que le suicide chez les jeunes, dû au mal-être lié à une mauvaise perception de sa propre homosexualité, est 13 fois supérieur à celui des homosexuels (Etude de Marc Shelly, parue dans le Monde de 2005), représentant ainsi une affaire de santé publique, d’autant que les réponses apportées résident en la création de scenarii, de brochures spécialisés ou d’une ligne d’urgence « azur » (qui existent déjà, auprès de nombreuses associations sur le terrain), etc. Où sont les vrais outils, comme des facilités pour intervenir dans des établissements scolaires ? Les facilités pour obtenir l’agrément de l’Education Nationale ? Où sont les aides concrètes et réelles, pour continuer à entreprendre des actions de terrain ? C’est là que devrait se situer l’aide des pouvoirs publics : une aide en relation avec le terrain, non avec les représentations.

Au Refuge, vous recevez 300 demandes d’admission par an et ne pouvez pour le moment offrir que 12 places en maisons relais. Que deviennent les 288 jeunes restants ?

F.G : Concernant les 288 jeunes restants, plusieurs pistes sont envisagées. Tout d’abord, il faut préciser que si les 288 ne peuvent être hébergés, beaucoup peuvent être accompagnés, c’est à dire bénéficier des conseils, du soutien de la part de notre équipe et d’un suivi auprès de nos professionnels socioéducatifs (Assistant Social, psychologue, médecin…). Au sujet des demandes, il faut voir s’il n’est pas possible d’en réorienter certaines dans la famille. En effet, si l’annonce est un moment douloureux pour le jeune, elle l’est tout autant pour les parents, qui n’y sont pas du tout préparés. La réaction primaire est alors celle du rejet. On s’est aperçu que dans ce cas-là, l’arrivée d’une tierce personne « neutre » permettait la réinstauration d’un dialogue rompu auparavant. La finalité étant de renouer le lien parental, tout en favorisant un retour dans le milieu familial. En 2008, un jeune sur deux repartait dans sa famille. Autre piste, l’accueil dans des centres d’hébergements (CHRS, FJT…) C’est une solution provisoire, en attendant une réelle évolution de la situation du jeune, qui se couple avec un accompagnement socioprofessionnel, si le jeune l’accepte. Elle pousse à l’autonomie et à une prise de conscience de ses capacités, dans tous les domaines.

Pour finir, pouvez-vous nous dire comment se traduit l’homophobie dont sont victimes les jeunes avec qui vous êtes en contact ?

F.G : Elle se traduit par des relations très conflictuelles, avec les parents qui n’hésitent pas à frapper, violenter physiquement leurs enfants. A cela s’ajoutent les violences psychologiques, tout aussi importantes et beaucoup plus dangereuses, car souvent invisibles, et donc difficiles à prendre en charge. Le plus dur est que toutes ces violences ont lieu dans la cellule familiale, initialement, censée apporter à l’enfant toute l’attention nécessaire à son épanouissement. D’autres, ont par le passé subit des viols, des agressions sexuelles, ce qui est très dur à imaginer pour des gamins de 18 à 23 ans, n’ayant connu que ce mode de fonctionnement. Pour ceux ayant connu le système de la rue, l’homophobie se rencontre aussi très souvent dans les CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), où elle est souvent violente, mal encadrée et encore moins combattue. Même s’il est à noter que les instances dirigeant ces établissements en ont pris conscience, il est plus difficile sur le terrain, d’arriver à faire évoluer ce genre de mentalités.

Merci à l’association « Le Refuge » pour cet entretien.

« Le Discriminologue »


Site web du Refuge : http://www.le-refuge.org/

1 Message

  • Homophobie : les lumières du Refuge 26 octobre 2009 14:43, par Guillaume

    Well, ça fait du bien d’entendre des gens de terrain s’exprimer sur ces sujets. Pour une fois qu’on apprend quelque chose... A quand d’autres entretiens avec d’autres responsables associatifs ???

    Répondre à ce message

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